Auteur : toutseradit
Peace maker.
Intrigue tarotique pour le 12 août 2020
La percée (arcane XI)
Tout prenait sens. Tout se dénouait. Dorénavant la seule ligne directrice était d’être elle-même, de s’éprouver dans toutes sortes de situations. Si simple, si évident, n’est-ce pas? Audrey avait mis 48 ans à intégrer cela physiquement et pas seulement intellectuellement. Elle n’avait jamais triché avec elle-même mais s’était beaucoup “entravée”. La tension interne devenait exagérée, tant de sérieux, de fiabilité côtoyant tant d’excès, tant de vie fantasmée libre, sans limite, une vie facétieuse et tendre, une vie intense et sensuelle, une drogue permanente, une vie pouvant devenir sage car pleinement vécue. Il était grand temps de sortir de sa cachette. Le Nouveau devait devenir la règle pour trouver des miroirs et inspirations à travers chacune des rencontres, chacune des situations qui allait extraire, révéler une partie encore en sourdine. La tête renversée, Audrey riait à gorge déployée, un sentiment de liberté parcourait son corps avec une résonance sans précédent. Une crise d’adolescence à grand retardement venait de débuter.
Le Nom de la rose
Audrey était coincée à Paris alors qu’elle aurait du rallier la Dordogne pour le 14 juillet. La Vie en avait voulu autrement et elle était maintenant en train de câliner son chat qui venait de rentrer de la clinique vétérinaire. L’été s’était installé dans la capitale. Audrey savourait ce temps paisible entre gym, café de l’industrie, promenade avec les copains copines, conférences sur Youtube, lectures matinales et nocturnes. Elle apprenait. Elle se sentait comme un moine enlumineur dans le scriptorium du Nom de la rose. C’était un de ses sentiments préférés d’ailleurs. Le Monde pouvait tourner, elle allait à son rythme ayant l’impression qu’elle allait découvrir un mystère. Mais cette fois-ci, la chaleur des nuits d’été ajoutait d’autres songes qu’elle aurait voulu retenir.
Le grand Jeu

La vie est un grand jeu
Dont j’allume les feux
Sous des cieux ambitieux
*
Les bras grand ouverts
Et le coeur bien ému
Je cours vers l’inconnu
*
Mes désirs en chapelet
J’égrène le meilleur
Pour partir vers l’Ailleurs
*
Plus la Vie se dévoile
Plus ma place apparaît
Légère et étonnée
*
La Vie devient un jeu
Dont j’allume les feux
Au carrefour de nous deux.
Octobre 2019
« Reset button » ?
Enfin la liberté retrouvée ! Pas de permission à écrire, pas d’heure à préciser sur un bout de papier absurde. Et pourtant Audrey se sentait comme intimidée en sortant de chez elle. La vue des passants avec des masques écrivait en gros dans sa tête “mais qu’est ce qu’on a foutu pour en arriver là!”. Son coeur se serrait, elle avait honte de la société humaine et d’elle-même. A force de faire les mauvais choix, ceux qui nous séparent de la nature, on s’était mis dans de beaux draps. Mais le grand jeu de la Vie poursuivait son cours et Audrey était bien décidée à faire des choix différents en marchant sur cette Terre. Une bonne dose de volonté et de courage allait lui être nécessaire.
Note: pour Karin.
Printemps – la sève et le sabre
Quel rebond d’énergie, c’était presque insoutenable. Une vague de désir montait joyeusement en canon à l’intérieur et à l’extérieur. La sève se faisait plus dense, plus lourde et pourtant elle parcourait son chemin ascendant tout au long de la colonne vertébrale. L’humain devenait une simple plante réveillée par le ciel bleu et le chant matinal des oiseaux. Le coeur se faisait poète, le corps marathonien, le mental limpide guidait le navire qui voulait voguer librement sous le ciel clément du mois de mai. Même enfermés dans 40 mètres carrés, les yeux s’ouvraient sur le printemps qui promettait tous les possibles et allait fendre l’air d’une acuité sans précédent.
Soleil intérieur

Assise sur son canapé, les yeux fermés, un doux sourire sur les lèvres, Audrey était ailleurs. Depuis quelques temps, elle avait acquis la capacité de changer rapidement son niveau de conscience pour dériver dans un état de bien-être qui l’étonnait à chaque fois. Elle pouvait rappeler ce sentiment de complétude en quelques minutes. Certains morceaux de musique accéléraient le processus de manière prodigieuse et en quelques instants, elle se voyait, sorte d’avatar, en suspension dans l’atmosphère. Son corps, d’abord présenté en étoile comme celui de l’homme de Vitruve, tournait devant elle, souple, sensuel, sans aucune lourdeur. Puis elle flottait dans l’air, totalement libre sans aucune entrave, aucune attente, aucune déception, aucune culpabilité, seulement cet irrésistible mouvement circulaire et ascendant dans cet air tiède qui la soutenait dans l’invisible. Tout était doux, chaud et totalement fluide. Même si le décrochage était parfois difficile tellement ce sentiment de paix absolue était fort, ce shoot de drogue virtuelle était devenu sa centrale d’énergie et son arme de destruction massive en cas d’idées noires.
Réminiscences – Humilité
Audrey regardait au loin devant elle. Elle ne réalisait pas qu’elle était au Népal en hauteur dans les Annapurna devant une grotte cachée par une cascade. Seule avec son guide resté juste un peu plus bas, elle contemplait la vallée brumeuse que le soleil commençait à réchauffer. Quelque chose lui semblait irréel, elle se sentait extrêmement vivante et en même temps en complet décalage sans pouvoir expliquer pourquoi. Elle ne connaissait pas du tout ce sentiment. Ce voyage était intense, les paysages, les rencontres, les efforts, les sensations, les odeurs, les couleurs, rien ne la laissait indifférente. Elle gardait notamment en elle ce souvenir de marche, dans le lit du fleuve Kali Gandaki, au pied des montagnes majestueuses du Dhaulagiri et des Annapurna, dans une lumière dont la limpidité n’existait nulle part ailleurs. Elle s’était sentie minuscule, sans importance, devant cette nature imposante, immuable, que les nuages venaient caresser dans le silence du vent. Un sentiment de profonde humilité s’était gravé dans son coeur.
Réminiscences – Soleil féroce
Le regard vers l’azur, Audrey était émerveillée par la couleur de la mer. On aurait dit que les rayons du soleil se fracassaient sur cette masse dense, profonde, mystérieuse. Tout semblait absorbé. Même si elle aimait cette vue sur la Méditerranée, Audrey ressentait en même temps un poids sur le coeur. Elle trouvait que cela renvoyait les Humains à un sentiment aigu d’absurdité. Le soleil d’été était bien trop féroce pour ce grand mammifère terrestre. La torpeur gagnait les cerveaux et les corps, la volonté s’anéantissait toute seule, la vie n’avait plus aucun sens. Seule la sieste semblait sauver l’affaire en ce mois d’août sur la Côte. Heureusement, la soirée apporterait un répit et Audrey irait alors baigner ce corps si mou. Elle reprendrait aussi son petit jeu d’apnée, et cette fois-ci il faudrait dépasser cette poignée de secondes péniblement atteinte la veille : 00:27,81. Le Grand Bleu était loin.