Plénitude sous harmattan

Le rebord de la balustrade du Palais de Lomé était tiède sous les mains d’Audrey qui scrutait le Golfe de Guinée au loin. La ligne d’horizon était émaillée de paquebots en fil indienne, attendant de pouvoir décharger leur cargaison dans le port. L’harmattan caressait doucement le visage d’Audrey qui n’aurait voulu être nulle part ailleurs. Son coeur était gonflé de plénitude. Elle n’attendait plus le moment suivant. Tout était déjà là. Ce sentiment s’était installé la veille, rien ne lui manquait plus, elle comprenait enfin la saveur d’être juste là. De poser son corps sur le lit, se délasser comme un chat, sans penser à l’avant ni à l’après. A l’intérieur d’elle même tout était calme, familier, la vie n’était plus que sensualité.







Tout prenait sens. Tout se dénouait. Dorénavant la seule ligne directrice était d’être elle-même, de s’éprouver dans toutes sortes de situations. Si simple, si évident, n’est-ce pas? Audrey avait mis 48 ans à intégrer cela physiquement et pas seulement intellectuellement. Elle n’avait jamais triché avec elle-même mais s’était beaucoup “entravée”. La tension interne devenait exagérée, tant de sérieux, de fiabilité côtoyant tant d’excès, tant de vie fantasmée libre, sans limite, une vie facétieuse et tendre, une vie intense et sensuelle, une drogue permanente, une vie pouvant devenir sage car pleinement vécue. Il était grand temps de sortir de sa cachette.
Audrey était coincée à Paris alors qu’elle aurait du rallier la Dordogne pour le 14 juillet. La Vie en avait voulu autrement et elle était maintenant en train de câliner son chat qui venait de rentrer de la clinique vétérinaire. L’été s’était installé dans la capitale. Audrey savourait ce temps paisible entre gym, café de l’industrie, promenade avec les copains copines, conférences sur Youtube, lectures matinales et nocturnes. Elle apprenait. Elle se sentait comme un moine enlumineur dans le scriptorium du Nom de la rose. C’était un de ses sentiments préférés d’ailleurs. Le Monde pouvait tourner, elle allait à son rythme ayant l’impression qu’elle allait découvrir un mystère. Mais cette fois-ci, la chaleur des nuits d’été ajoutait d’autres songes qu’elle aurait voulu retenir.