Réminiscences – Départ pour l’internat

Mail - Anne Bulman - OutlookLundi, 6:00 heures du matin. Dans 30 minutes, départ pour l’internat. Le miroir reflète le visage d’une adolescente intriguée. La vie semble si bizarre, si étrange, Audrey comprend tout et rien à la fois. Les joues rebondies, elle ressemble à un bébé malgré ses 17 ans et la sévérité de ses jugements. Elle met du Ricil sur ses cils et vole une pièce de cinq francs dans la tirelire de son petit frère et fait une prière de rédemption en même temps. C’est promis, Audrey rendra tout au centuple mais les chocolatines du matin coutent si chères ! Il est trop tôt, pourquoi diable les humains imposent-ils cela à leurs enfants !  Heureusement sa soeur est là, elle lui montre l’exemple. Et puis, la grande consolation dans tout cela, est le chant si mélodieux du merle du jardin qui annonce un jour nouveau et toutes ses promesses.

Tabula rasa

Open thread - Tabula rasa — The People's ViewLe futur, que réservait le futur ? Audrey en avait ras le bol de ce confinement. Pas vraiment en fait, mais elle aimait bien répéter cela. En réalité, des moments d’absurdité totale l’assaillaient régulièrement, c’était bien clair. Elle oscillait entre un monde étrange ésotérique et la réalité brutale dans laquelle vivaient des millions de personnes des pays pauvres dans lesquels son ONG travaillait. L’espérance chevillée au corps, elle tenait bon, le coeur ouvert. Elle le savait bien, être triste n’arrangerait rien à l’affaire, autant se sentir milliardaire pour pouvoir aider les autres. Son ami Pierre lui avait bien redit, il fallait garder espoir.

Le défi

Oh j'en danserai d'allégresse ! - Eveil et philosophie, blog de José Le RoyLe temps filait malgré le confinement, cela devenait incompréhensible. Les heures de travail s’étalaient allègrement de 8:00 à 23:00 pour adapter tous les projets. Se réinventer en quelque sorte. Il s’agissait de développer une énergie optimiste et authentique, palpable par visio-conférence. Cela poussait à l’épuisement, et en même temps, l’envie de relever le défi l’emportait en permanence. Etrange combinaison qu’Audrey découvrait en elle. Sa bête noire restait ce manque d’activité physique qui devenait malsain. Elle avait beau faire 10 pompes triomphantes le matin, quelques exercices de gym par-ci par là, les mouvements à l’air libre lui manquaient. La liberté restait bien sa valeur cardinale.

Lumière noire

thiscrazyfashionConfinée depuis 19 jours, Audrey avait pris pour habitude de se mettre à la fenêtre vers 12:12 pour profiter de ce rayon chaud qui atterrissait chez elle. Le visage tourné vers le soleil, elle pensait aux rayons ultraviolet. Cela lui rappelait qu’adolescente, elle était réfractaire aux sciences physiques qui lui racontaient “le comment” alors qu’elle voulait comprendre “le pourquoi.” Seule l’Optique l’avait fascinée. Elle avait réalisé que le monde unique, uniforme, n’existait pas, que chaque individu filtrait la lumière à sa façon et en faisait une réalité distincte. Qu’au total, quand un humain fermait définitivement ses yeux, un monde disparaissait, son prisme unique ne serait pas remplacé. Douloureuse conclusion, un brin romantique, sur l’intensité de la vie et le trésor que représentait chacun. Mieux valait oublier tout cela et se faire tanner par le soleil de midi, tel un lézard hagard collé sur un mur blanc.

Le piano à queue

The Art United In PeaceIl y a longtemps déjà, Audrey avait fait un rêve étrange et intense. Un rêve qu’elle revivait dès qu’elle voyait un piano à queue. Dans ce rêve, elle jouait l’adagio du concerto en sol majeur de Ravel de manière si fluide, son doigté était si léger et assuré, son émotion si pleine. C’était comme si le piano était sa langue maternelle, le rythme était naturel, évident. Au réveil, Audrey avait été très perturbée. Elle sentait qu’une partie d’elle-même savait parfaitement jouer du piano et se demandait comment accéder à cette partie savante mais inconsciente. Une nouvelle quête commençait alors.

Anticipation

Trendy photography portrait nature happy 50+ ideasDans son rêve, elle s’imaginait les bras grand ouverts et le visage collé dans l’herbe, s’étourdissant des odeurs du printemps qu’elle avait failli manquer. Drapée dans sa robe légère, elle retournait son visage vers le soleil qui lui caressait les joues et venait faire danser mille couleurs sous ses paupières fermées. Elle respirait si pleinement que tout son cœur s’ouvrait. L’état de guerre sanitaire s’éloignait enfin.

L’évasion

Mille Pompons ! Fantômette sur InternetEtouffante, cette situation était étouffante. Confinée depuis une semaine dans son appartement, Audrey avait mobilisé toutes ses idées pour s’occuper. Rattrapage de lectures en retard, méditations en tout genre, exercices de gym, danse dans le salon, nouvelles recettes de cuisine, cours à distance, audiobook à gogo, écriture, jeux avec le chat, tout y était passé, y compris les séries sur Netflix qui lui pompaient l’air. L’idée de s’évader, de se faire la malle, était devenue depuis hier soir sa seule obsession. Demain, elle passerait à l’acte et irait déambuler, clandestine, dans les rues sombres de Paris.

La victoire

mitochondries-paternel-maternel-360x240Le corps brulant, les muscles lourds, elle gisait au fond du lit, KO. Le virus avait eu raison d’elle. Son cerveau oscillait entre pensées obsessionnelles fiévreuses et vides abyssaux. Recluse, elle sentait le monde extérieur s’éloignait de manière sourde. Elle savait que le moment était venu de lâcher les rênes, d’arrêter le flot des pensées, pour laisser son corps se mettre en ordre de marche et remporter la bataille, méthodiquement, patiemment. La guérison était proche, il n’y aurait pas de défaite.

L’audace

Claudia CardinaleLes heures s’étaient raccourcies depuis un certain temps déjà. En rebellion, l’audace envahissait tout, le moindre interstice entre les secondes, pour retenir la vie qui passait sans prévenir. Tout devait être nouveau, tout devait être dense, intense. Pas tenable cette histoire, mais si belle.

Photo: Claudia Cardinal.

Le baiser

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Sur la joue, à la naissance de l’oreille, appuyé et fugace comme un jeu qui annonce la bataille des sens, le baiser était doux et provocateur. Il ouvrait les possibles d’une suite qu’il s’agirait d’imaginer et de vivre au gré des envies mélangées de l’un et de l’autre. La valse mystérieuse de la Vie, rapprochant ou éloignant les coeurs, venait de reprendre.

Peinture: Fabian Perez.