L’évasion
Etouffante, cette situation était étouffante. Confinée depuis une semaine dans son appartement, Audrey avait mobilisé toutes ses idées pour s’occuper. Rattrapage de lectures en retard, méditations en tout genre, exercices de gym, danse dans le salon, nouvelles recettes de cuisine, cours à distance, audiobook à gogo, écriture, jeux avec le chat, tout y était passé, y compris les séries sur Netflix qui lui pompaient l’air. L’idée de s’évader, de se faire la malle, était devenue depuis hier soir sa seule obsession. Demain, elle passerait à l’acte et irait déambuler, clandestine, dans les rues sombres de Paris.
Le co
Les heures s’étaient raccourcies depuis un certain temps déjà. En rebellion, l’audace envahissait tout, le moindre interstice entre les secondes, pour retenir la vie qui passait sans prévenir. Tout devait être nouveau, tout devait être dense, intense. Pas tenable cette histoire, mais si belle.
Les mots coulaient de manière saccadée entre les pieds de ce corps plié en deux, endimanché en robe de chambre bleue. Aucun sens, mystère total, tout serait oublié de toutes les façons. Chacun était seul ici, noyé dans sa fragilité humaine, lentement détraqué par le naufrage
44 ans. Déjà 44 ans qu’elle occupait ce corps. Elle l’aimait bien, corps encore souple, félin à la silhouette gracile, un peu androgyne mais pas trop. Elle aimait cette enveloppe légère qui lui permettait le mouvement, entrer, sortir, danser, voler, partir, revenir, éternel balancement dont elle se rassasiait.
Vient le vent qui me soutient
Depuis la fenêtre du taxi qui la conduisait à l’aéroport, Audrey observait le va et vient des motos se dirigeant vers les bords du Mékong dans la lumière chaude d’un dimanche soir. Elle avait toujours aimé les dimanches soirs à Phnom Penh. Elle ne savait pas expliquer pourquoi, c’était comme si son coeur était amoureux, gonflé d’attente et d’espoir dans la douce chaleur du soleil descendant. Une empreinte d’un passé lointain.